Il chante pour faire passer le temps, j'écris pour oublier les heures...
Je prends vis sur ses vers, je succombe à sa voix, je blêmis à son chant, je suis là, je l'attends comme ces mille poètes et chanteurs. Qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il vente, il ne reviendra pas mais j'ai entendu dire qu'il m'attendait là bas dans l'infini mystère de l'éternité. « La mort c'est la beauté, c'est l'éclair vif du sabre » disait-il ...
Il chantait un rêve étrange et pénétrant, ce rêve qui est le vôtre, ce rêve qui est le mien, ce rêve qui est le nôtre. Vous ne me comprenez pas, je parlais de Ferré.
J'aurai voulu, sous la plume du poète qu'il aima, prendre vie sans être le remords ni la chanson de la mort... j'aurai voulu être ce long sanglot qui fit frémir mon coeur...
Me voici, à présent, rongée par ses vers avant même de mourir,
Sa vie d'artiste je l'ai connu dans le songe, je n'ai emporté ni de phono ni de piano mais j'avais ma plume... D'autres bien plus talentueux que moi, lui ont fait de belles chansons, mais moi, fille de seize ans, je lui écris une lettre très humblement.
Tout comme lui, j'attends de la croiser, Je ne la chanterai pas, car je l'entends déjà me dire « c'est un sujet morbide, pour poète maudit, le mot seul jette un froid aussitôt qu'il est dit... »
Lui, loin de moi dans le temps et dans l'espace, comment a-t-il fait pour être si bon messager ? Ferré, si seulement je pouvais, j'aurais été ton dernier cri, ta dernière rage, ton dernier souffle et je me serais battu pour faire raisonner ta voix plus haut que le tocsin
Ferré je voudrais qu'avec le temps, rien de toi ne s'en aille...